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Le Complexe W-Arly-Pendjari

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Le Complexe écologique transfrontalier W-Arly-Pendjari – Patrimoine mondial de l’UNESCO

 

Le Complexe écologique W-Arly-Pendjari (WAP) en Afrique de l’Ouest est une vaste étendue de savane soudano-sahélienne intacte. Les deux zones centrales du Complexe sont le Parc régional du W, à cheval sur les frontières du Bénin, du Burkina Faso et du Niger, et le bloc Arly-Pendjari composé du Parc National d’Arly au Burkina Faso adjacents au Parc national de la Pendjari (PNP) au Bénin. Jusqu’à 16 réserves partielles et zones de chasse entourent les deux noyaux transfrontaliers principaux, portant la superficie totale du Complexe à environ 33.000 km2 (Zones d’occupation contrôlée et de Séri incluses).

 

Le WAP accueille une faune riche et variée, notamment de grands prédateurs et des espèces rares et en danger caractéristiques du biome soudanais. Il constitue un refuge pour de nombreuses espèces emblématiques de la faune sauvage qui ont disparu ou sont extrêmement menacées en Afrique de l’Ouest. 70 espèces de mammifères ont été recensées, notamment 10 espèces d’antilopes, 3 primates et quatre « Big Five » appartenant à la faune charismatique d’Afrique : le lion, l’éléphant, le buffle et le léopard. Le Complexe WAP abrite aussi 460 espèces d’oiseaux, 80 de reptiles et 120 de poissons, et possède une diversité remarquable en insectes. Il garantit la survie de nombreuses espèces rares en Afrique de l’Ouest et endémiques comme le damalisque, en particulier la sous-espèce Damaliscus korrigum, le léopard, le guépard, la gazelle à front roux, le vautour oricou, le messager sagittaire et le lamantin d’Afrique. Les falaises de Gobnangou au Burkina Faso sont un habitat d’importance critique pour la seule colonie nidificatrice du vautour de Rüppell en danger critique d’extinction. Le Complexe WAP présente un taux d’endémisme particulièrement élevé pour les poissons et abrite sept des neuf espèces endémiques décrites dans le bassin de la Volta.

 

Les éléphants recensés dans le Complexe WAP représentent 85% des éléphants de savane de l’Afrique de l’Ouest. L’inventaire aérien de 2015 a montré que les populations d’éléphants et de buffles ont quasiment doublé depuis 2003 et confirmé le rôle de bastion de la conservation que joue le Complexe transfrontalier en général et la Pendjari en particulier. Toutes les autres populations sauvages ont également augmenté, preuve d’un succès indéniable de la conservation dans le WAP. Le Complexe détient la seule population viable de lions de la région (plus de 400 individus) et probablement la seule population de guépards d’Afrique de l’Ouest.

 

Le Complexe WAP est reconnu internationalement pour son importante biodiversité. En 2002, il a été classé « Réserve de biosphère transfrontière » (RBT-WAP). En 2001, le Parc Régional du W, le Parc National de la Pendjari et les Réserves d’Arly et du Singou au Burkina Faso sont devenus des zones importantes pour la conservation des oiseaux de Birdlife International. En 2007, les zones humides de la RBT-WAP ont été reconnues « d’importance internationale » par la Convention de Ramsar. Enfin, depuis juillet 2017, le Complexe W-Arly-Pendjari (WAP) a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, dans le prolongement du Parc national du W du Niger, pour leur Valeur Universelle Exceptionnelle.

 

La taille et la structure du Complexe WAP sont inhabituelles, voire uniques, en Afrique de l’Ouest où les forêts protégées sont relativement petites et souffrent de niveaux élevés d’empiètement. Conformément au concept de réserve de biosphère adopté par l’UNESCO, les zones centrales de biodiversité et les écosystèmes intacts du Complexe WAP sont protégés par des zones tampons et des zones de transition (UNESCO 1996). Néanmoins, la pression pour nourrir et fournir des moyens de subsistance à une population en croissance rapide se manifeste par la perte dramatique des savanes boisées et des forêts galeries qui entourent les frontières des aires strictement protégées.

Les communautés riveraines du Complexe WAP

 

Le Complexe WAP reflète aussi l’interaction entre les ressources naturelles et l’homme, entretenue depuis le néolithique, ce qui a contribué à produire des formations végétales et des paysages représentatifs pour l’évolution de la biodiversité dans le biome soudano-sahélien.

Les zones centrales (Parcs Nationaux et réserves totales) ne sont pas habitées, mais on y trouve des traces d’établissements préhistoriques (tumuli, céramiques, traces de métallurgie du fer…). La migration préhistorique des populations de la région a probablement été causée par des épidémies et/ou un changement climatique. Les rares habitants présents dans la région ont été réinstallés par les autorités coloniales entre 1926 et 1954, pour établir un parc refuge puis le parc national de la zone du W en 1954. On ne note pas de problème contemporain relatif aux droits. À l’époque de leur création, les parcs nationaux étaient en bon état compte tenu du faible impact humain et il reste peu de traces d’une utilisation passée des sols. Le Complexe est toutefois traversé par trois corridors de transhumance, des anciennes routes saisonnières de pâturage, qui affectent les paysages du PN d’Arly et les zones tampon à l’ouest et à l’est du W.

Les zones tampons sont formées de réserves partielles ou totales, et de zones cynégétiques (ou réserves de chasse), ou d’une bande de 5 km attenant à la périphérie des noyaux centraux. Les zones de transition s’étendent au-delà des zones tampons et sont délimitées par les unités administratives qui bordent les Aires Protégées, comme le montre la carte ci-contre pour l’exemple du parc régional du W.

Les Zones Périphériques de Transition (ZPT) des Aires Protégées du Complexe comptent environ 350 villes et villages pour une population de plus de 3 millions d’habitants, répartie dans une douzaine d’ethnies dont les quatre plus importantes sont les Gourmantchés, les Djerma, les Dendi et les Fulani. Ces groupes sont communs à l’ensemble des zones périphériques du Complexe WAP, ce qui peut faciliter la coopération transfrontalière. La pluralité des groupes ethniques en périphérie du Complexe offre une diversité culturelle et archéologique notable.

Ces populations riveraines sont largement dépendantes des ressources naturelles, notamment des Aires Protégées, d’où elles tirent leurs moyens d’existence. La Réserve de Biosphère transfrontalière joue un rôle très important dans la survie des populations riveraines. Les produits de cueillette en périphérie et à l’intérieur des Parcs nationaux permettent de traverser la période de soudure sans grande difficultés. L’abondance des ressources naturelles dans et en périphérie de la RBT-WAP suscitent la convoitise des populations immigrées, qui viennent gonfler les villages environnants. Malgré les interdictions liées à leur statut, les noyaux centraux sont également exploités par les populations locales. Ceux-ci constituent des réservoirs halieutiques et cynégétiques importants, et le braconnage « traditionnel » constitue une menace minime pour la biodiversité. Les prélèvements de bois de service et de paille sont aussi capitaux pour les constructions autochtones. Enfin, la récolte artisanale du miel, des produits forestiers non ligneux (Gomme arabique, feuilles de Cassia et Baobab, hypocotyles de Rônier, fruits de Diospyros, Vitex (Prune noire), Néré, Tamarinier, amandes de Karité etc…, au sein des Noyaux centraux constituent des sources de revenus non négligeables pour les populations riveraines. Tous les villages situés en périphérie exploitent, à des degrés divers, les Aires Protégées pour satisfaire leurs besoins vitaux. Les quelques zones de pâturage dans les ZPT sont de plus en plus surchargées et présentent des signes de dégradations significatifs. De plus, ces espaces pastoraux se raréfient progressivement au profit des terres agricoles.